Le Nigeria a un surcroît de légitimité dans la lutte contre Boko Haram. En intervenant au Nord-Mali contre les groupes terroristes, la France et les armées africaines justifient pleinement l’action du Nigeria contre ses propres islamistes fondamentaux. Désormais, personne ne peut donner de leçon au Nigeria sur le caractère jugé souvent trop musclé de ses interventions. La crise malienne offre en temps réel, la radiographie et la quintessence d’un groupe terroriste : fanatisme, délinquance, intolérance et barbarie constituent le vrai visage de ces prétendus défenseurs de l’Islam. Le Mali est une belle école pour l’Afrique, et surtout pour le Nigeria. On a ainsi compris qu’il ne sert à rien de vouloir discuter avec ceux qui, en plein XXIe siècle, se croient toujours à l’ère des croisades. Ceux qui ont tenté de négocier avec Ansar dine au Mali en ont eu pour leur compte. Ils ont été poignardés dans le dos. Face aux critiques, le Nigeria a aussi tenté à plusieurs reprises de prendre langue avec Boko Haram, sans résultat. Le gouvernement nigérian, au regard de la dégradation de la situation sécuritaire consécutive à la fuite en avant des terroristes, est sans doute parvenu à une seule conclusion : ils ne comprennent que le langage de la force. Comment entamer un dialogue quelconque avec, comme le décrit Bruce Hoffman, auteur de « La mécanique terroriste », quelqu’un pour qui « la violence est d’abord et avant tout un acte sacramentel, une obligation divine » ?
Voilà l’erreur que l’on a longtemps commise au Mali, en croyant pouvoir ramener à la raison les islamistes dont le logiciel, pour les idées qu’ils défendent et non leur goût pour les choses de ce monde, s’est arrêté au temps des guerres saintes. En fait, on n’a fait que perdre du temps et permettre l’enracinement profond des djihadistes. L’intervention pour les déloger s’en trouve par conséquent plus compliquée. Le Nigeria peut désormais éviter ce premier écueil.
Autre leçon de la crise malienne et des récents développements du terrorisme dans la sous-région, c’est que le phénomène Boko Haram n’est plus la seule affaire du Nigeria. La dimension transnationale du mouvement est désormais largement établie, surtout après le rapt qu’il a perpétré contre des touristes français au Cameroun. Tant qu’à faire, il faut donc terminer totalement le boulot de l’éradication du terrorisme en Afrique de l’ouest. La mobilisation en cours au Mali aurait un goût d’inachevé, si dans le même temps le cas Boko Haram n’est pas définitivement réglé. Le Nigeria devrait donc mettre son orgueil en berne, pour accepter l’aide de la communauté internationale. Après le Mali, pourquoi ne pas alors déployer une autre force inter-africaine au Nord-Nigeria ? Ce serait en tout cas ridicule, absurde et improductif pour le Nigeria lui-même, que son armée vole au secours du Mali pendant que le terrorisme continue de sévir sur son propre territoire.