LEGISLATIVES AU NIGER
Le dernier acte du Tazartché
mardi 29 septembre 2009, page visitée 195 fois
La tenue effective des législatives anticipées du 20 octobre prochain marquera le dernier acte du Tazartché, la continuité (en langue locale) mise en scène au Niger par le Président Mamadou Tandja.
La campagne pour ces élections a été lancée lundi dernier et le président Tandja a invité ses compatriotes à participer massivement au vote. Après avoir dissous l’Assemblée nationale et la Cour suprême qui obstruaient son chemin, Tandja a eu les coudées franches pour organiser un référendum et faire adopter une Constitution qui renforçait ses pouvoirs et lui permettait de prolonger son mandat à vie. Cette élection des députés, conséquence de ce qui précède, refermera donc la boucle et Tandja sera parvenu à ses fins. On imagine difficilement que cela se passe autrement car jusqu’à présent, les événements se sont toujours déroulés suivant le bon vouloir du président. Que peut bien faire l’opposition dans cette galère nigérienne, elle qui essaie aussi de montrer sa détermination, qui appelle ses militants au boycott et qui affirme "qu’elle ne cautionnera aucune élection organisée sur la base de la nouvelle Constitution" ?
Mamadou Tandja a montré que le Niger lui appartenait et qu’il pouvait en faire ce qu’il voulait. Jusqu’à ce jour en effet, personne, aussi bien au Niger qu’à l’extérieur, n’a pu le faire plier, l’arrêter ou dévier de sa trajectoire. Dirigeant le pays d’une main de fer et contrôlant tous les pouvoirs, Tandja n’a pas daigné laisser une parcelle de liberté aux contestataires de ses ambitions. Les leaders de l’opposition et leurs sympathisants sont traqués et matraqués ; la presse libre est mise sous coupe réglée. Tout cela a fait dire à l’opposant Mahamadou Issoufou que le Niger n’était plus un Etat de droit. Même si l’opposition nigérienne n’est pas encore mise hors d’état de nuire, elle n’est plus en état de mobiliser ses partisans comme aux premières heures. Malgré ses rares velleités offensives, cette opposition semble avoir perdu l’essentiel de ses forces et de sa capacité de mobilisation, donc de nuisance. Pendant ce temps, personne ne s’émeut du sort des opposants au Niger. C’est comme si ceux-ci avaient été sacrifiés. Dans ce contexte, que vaudront des élections sans leur participation ? On assistera tout simplement à une assemblée monocolore qui servira de caisse de résonnance au régime. Personne n’est étonnée que cette campagne législative soit terne, insipide et ne mobilise pas de grandes foules. Il ne peut en être autrement vu que cette élection ne comporte pas d’enjeu. La seule inconnue sera seulement le taux de participation, mais là encore, Tandja pourra afficher le pourcentage qu’il voudra. La mobilisation des électeurs pourra toujours se faire grâce à l’argent qui servira à acheter les consciences. Quand on connaît le contexte de pauvreté dans lequel vivent les populations, on ne doit pas s’étonner ou s’offusquer outre mesure que, ici comme ailleurs en Afique, elles échangent leurs votes contre des espèces sonnantes et trébuchantes. C’est aussi cela une des réalités de la démocratie sous nos tropiques.
En tout état de cause, après cette élection législative, Mamadou Tandja parachèvera le processus d’installation des nouvelles institutions de la VIe République. Les dés seront jetés et tout retournera à la normale. Au demeurant, le Président nigérien semble avoir déjà l’esprit ailleurs. Ayant pris part au sommet Afrique-Amérique du Sud, au Vénézuéla, et après sa visite en Libye, Tandja peut maintenant se préoccuper de questions internationales. La prolongation de trois années supplémentaires qu’il s’est octroyée, et le règne indéfini qui pourrait s’en suivre lui donneront suffisamment de temps pour terminer ses chantiers et inaugurer d’autres. Pendant ce temps, s’ils tiennent encore debout, les opposants devront se trouver d’autres raisons de vivre.