PARECAP
Une interface pour le dialogue tripartite au service du développement
lundi 19 juillet 2010, page visitée 74 fois
Depuis 2007, le Burkina Faso met en oeuvre un processus de dialogue tripartite (public-privé et société civile) à travers le PARECAP (Projet de renforcement des capacités de l’interface secteur public, secteur privé et société civile). A l’occasion de la 10e rencontre gouvernement/secteur privé, le coordonnateur du PARECAP, André Richard Ouédraogo fait le point sur la construction de cette interface
Qu’est ce que le PARECAP en deux mots ?
C’est un projet financé sur initiative du secteur privé et de la société civile pour essayer de corriger le déficit de communication et de concertation entre ces deux acteurs et le secteur public. Sur cette base, la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF) a accepté de cofinancer la mise en œuvre de ce projet qui mobilise également les contributions financières de l’Etat, du secrétariat permanent des ONG qui représente la société civile et la Chambre de commerce.
Le PARECAP est en lui-même une spécificité dans son montage par rapport aux autres projets classiques. C’est une convention de financement signée entre l’Etat burkinabè et un bailleur de fonds principal l’ACBF mais qui associe deux autres acteurs que sont la société civile et le secteur privé à travers la Chambre de commerce.
Le projet répond au besoin de renforcer l’interface de dialogue entre le secteur public, le secteur privé et la société civile. Il s’agit de créer un dialogue permanent entre cet acteur principal qu’est l’Etat et les deux autres acteurs non étatiques, de leur permettre d’anticiper sur les contraintes de développement, d’échanger sur les problèmes auxquelles sont confrontés les deux autres acteurs non étatiques dans la mise en œuvre des politiques publiques et sectorielles et d’amener l’Etat à être à l’écoute de leur préoccupations.
Concrètement, comment se manifeste l’interface ?
L’interface est d’abord un état d’esprit que les acteurs doivent développer. C’est une posture d’écoute et de dialogue permanentes sur les préoccupations communes et sur les actions de développement. Prenons l’exemple de l’éducation. Il est utopique aujourd’hui de croire que l’Etat peut élaborer et mettre en œuvre tout seul la politique sectorielle. Il est de l’intérêt pour l’Etat d’entrer en concertation avec d’un côté le secteur public et de l’autre la société civile afin qu’à trois, il relève les défis de l’éducation pour tous. C’est le même constat au niveau de la santé où la société civile et le privé ont des capacités qui peuvent être mises à profit par le secteur public afin que chacun, dans ce qu’il sait faire le mieux, s’approprie les objectifs nationaux.
On tend donc vers des cadres de concertations permanents ou informels ?
Techniquement, nous travaillons à asseoir des cadres de concertations permanents dans les secteurs stratégiques. Mais, il va de soi que de façon ponctuelle, en fonction des préoccupations, des concertations puissent être initiées pour lever certaines contraintes. Cela dit, notre objectif ultime est d’arriver à asseoir un cadre permanent de dialogue tripartite. Mais actuellement, il s’agit de renforcer les cadres existants : la revue à mi- parcours du CSLP qui est une opportunité pour les trois acteurs avec les partenaires techniques et financiers de faire le point sur les efforts du gouvernement. Il y a d’autres cadres tels que la rencontre annuelle entre le chef de l‘Etat et les paysans, entre le chef de l’Etat et les jeunes. Notre souci est d’accompagner toutes ces dynamiques dans le souci de mieux les structurer et avoir un secrétariat permanent qui puisse centraliser toutes ses activités avec un souci majeur qui est le suivi de la mise en œuvre des recommandations qui en seront issues. Car très souvent, on ne s’inquiète pas de comment, les recommandations vont être mises en œuvre. Là, il s’agira de voir comment créer les synergies pour que chaque acteur joue sa partition et soit relancé dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations. Ce qui préoccupe le PARECAP au-delà du dialogue, ce sont les résultats de celui-ci.
Le PARECAP est mis en œuvre depuis 2007, quels enseignements peut-on tirer après cette phase ?
Nous sommes réellement satisfait, d’avoir pu mettre en relation trois acteurs qui travaillaient, certes déjà ensemble mais avec une certaine méfiance. Le climat de confiance que nous avons réussi à mettre en place et un atout pour la suite du dialogue que nous souhaitons mettre en place. L’acceptation du principe de s’asseoir et de s’écouter est un acquis non négligeable. Ce sont des résultats qui nous encouragent. Il y a l’accompagnement du processus du cadre unitaire de dialogue que la société civile est en train de mettre en place. Cela va constituer le socle de l’interface parce qu’au début de ce projet, le maillon faible parmi les trois acteurs , c’était la société civile en termes d’organisation, de structuration mais aussi de professionnalisation selon les axes sectoriels de développement. On constate déjà avec le Programme d’appui au développement sanitaire, que le programme a contractualisé avec les OSC (Organisations de la société civile), la mise en œuvre de certaines activités. Notre souhait est que d’autres programmes s’inspirent de cette démarche de contractualisation des missions de service public avec les OSC. Pour nous, il est important que les secteurs privés industriel, hôtelier et commercial puissent contribuer à accompagner l’Etat dans son effort de développement du système éducatif.
En terme de résultats, on peut citer la mise en place du comité de suivi de libre circulation des biens et des personnes et la lutte contre les tracasseries le long des routes et des frontières. C’est une initiative de la CEDEAO d’associer les acteurs de la société civile y compris les journalistes, le privé et le secteur public chargé de la mise en œuvre effective des recommandations sur la libre circulation.
Nous tirons également une réelle satisfaction de la concertation société civile/secteur privé. Ces deux acteurs n’ont pas l’habitude de travailler ensemble alors qu’ils disposent chacun d’un potentiel financié utile à l’un et à l’autre pour développer le plaidoyer. Il n’ya pas meilleur publiciste que la société civile pour faire avancer des pans de la société en matière de réformes dans les secteurs stratégiques. Prenons l’exemple de la Taxe pour le développement communal (TDC). Si ce projet avait préalablement été discuté dans le cadre de l’interface que nous préconisons et que nous voulons instituer, peut-être qu’il y aurait eu moins de résistance.
En trois ans y êtes-vous parvenus ou pas ?
Les évaluations nous permettent de dire que les acteurs ont accepté l’idée. Nous avons mis une année à aplanir les tensions, à fédérer les initiatives et à faire en sorte que les uns et les autres s’approprient le concept. Actuellement, le processus est en train de produire ses résultats. Nous allons participer à la 10e rencontre gouvernement/ secteur privé qui entre en droite ligne de notre dynamique de développement de l’interface tripartite. Nous avons réussi depuis trois ans à y faire participer des représentants de la société civile. Au PARECAP, nous estimons que tous les acteurs sont comptables du succès ou de l’échec de la politique de développement mise en place. Nous sommes tous comptables de la richesse ou de la pauvreté de ce pays. Chacun de nous doit réfléchir sur ce qu’il peut apporter au succès de l’œuvre commune avant d’accuser qui que ce soit.
Un des résultats tangibles est la mise en place du réseau d’informations économiques que nous avons accompagné et qui a obtenu un prix spécial lors de la semaine nationale de l’Internet. Ce réseau met en lien les centres de documentation qui gèrent l’information économique afin que l’accès à cette information soit plus facile. Notre ambition est d’arriver à impliquer des institutions telles la BCEAO et l’UEMOA pour développer ce service dans la sous-région et vulgariser l’information économique.
C’est la 10e édition de la rencontre gouvernement/secteur privé ? Quel est le regard du PARECAP sur ce cadre d’échanges ?
La rencontre gouvernement/secteur privé est une interface bipartite. C’est un tremplin pour nous d’asseoir l’interface tripartite gouvernement, secteur privé, société civile. Nous travaillons à ce qu’il y ait cette rencontre gouvernement, ONG et associations de développement de la société civile ainsi que des rencontres secteur privé et société civile. Cette 10e rencontre est une opportunité d’accroître notre visibilité et de poursuivre notre travail d’accompagnement, lors des préparatifs de cette rencontre en dégageant des pistes. C’est un cadre d’échanges qui est mûr et les acteurs que nous accompagnons y seront pour tirer des leçons en matière de concertation. Le PARECAP pour sa part y sera pour prendre des contacts avec certains acteurs du privé.
Pour le PARECAP, le rêve serait de voir une rencontre gouvernement, secteur privé et société civile ?
Effectivement, c’est un rêve qui est en passe d’être une réalité. Récemment, nous avons organisé une rencontre sur la problématique de la mise en place du cadre de dialogue tripartite et son institutionnalisation. Ce qui en est ressorti, c’est que les acteurs ont soif d’un tel cadre de dialogue parce que c’est un véritable outil d’anticipation sur les problèmes de développement. Sans concertations préalables, on passe souvent à côté de certaines solutions. Pour nous, l’interface est incontournable si l’on veut travailler de façon rationnelle
Quels sont les difficultés et les risques qui peuvent entraver votre mission ?
Le plus gros risque, c’est la non-adhésion des acteurs à notre démarche. Il faut que les gens comprennent le principe de l’interface et que chacun écoute l’autre avec en mémoire que ses capacités sont utiles et indispensables pour le succès de l’action commune de développement. L’Etat devrait pouvoir faire confiance à ses interlocuteurs et inversement afin de leurs confier des missions de service public. Du côté du secteur privé, l’Etat devrait pouvoir travailler à sécuriser les investissements afin qu’on arrive progressivement à avoir les bases d’une interface dynamique. Un des défis du projet, c’est la question du financement de la seconde phase. Il faut des ressources pour cette seconde phase. En un cycle de projet de quatre ans, on ne peut pas renforcer l’interface. Notre souhait est que les bailleurs puissent nous accompagner dans une seconde phase pour parachever le travail. Le bailleur principal est dans une dynamique d’un programme de financement global qui intègre la réflexion du CAPES, les actions du PARECAP pour enclencher la dynamique recherche/action. Si ces facteurs sont maîtrisés, l’interface peut se poursuivre de façon rationnelle.