RETRAITE DE ADEBAYOR DES EPERVIERS DU TOGO
Au-delà du drame cabindais
vendredi 16 avril 2010, page visitée 463 fois
Rarement, nous nous sommes intéressés au destin d’un footballeur, aussi talentueux soit-il. Cette fois, on ne peut pas s’en empêcher. Celui dont il s’agit est l’icône même du football de son pays, le Togo. L’attaquant de Manchester City a décidé, à la surprise générale, de mettre fin à sa carrière internationale. On s’interroge toujours sur les motivations de ce départ. Le drame vécu par l’équipe nationale du Togo, les Eperviers, lors de la dernière CAN dans l’enclave du Cabinda et qui a fait deux morts dans l’équipe, est évoqué comme argument principal pour justifier cette retraite anticipée. A priori, on peut le lui concéder. Le choc psychologique qu’il a vécu, et continue de vivre peut-être, n’est pas à négliger. C’est sa carrière et son équilibre personnel qui sont en jeu. A 26 ans seulement, prendre sa retraite de l’équipe nationale alors qu’une belle et longue carrière s’offrait à lui, en rajoute aux multiples questions que se posent encore les amateurs du ballon rond. On peut comprendre qu’il veuille désormais se consacrer pleinement à sa carrière professionnelle internationale. Après tout, c’est de cela qu’il vit. Jouer pour le pays a plutôt été, de son point de vue, un acte patriotique pour lequel il a souvent mis la main à la poche, lorsque la situation l’exigeait. C’était en plus d’être un bon footballeur, un vrai patriote.
Que ceux qui vont prendre le risque de l’affubler du qualificatif apatride y regardent par deux fois. L’argument de son départ de l’équipe nationale peut ne pas être convainquant, mais prenons date. On peut imaginer qu’il n’ait pas voulu exprimer les vraies raisons. Mais, il n’est pas exclu que les langues se délieront d’ici là.
Cela dit, connaissant l’homme, sa très grande influence sur l’équipe nationale et son implication personnelle dans ses différents succès, il y a de quoi rester dubitatif face à un tel argument. Le capitaine courageux a décidé d’abandonner ses coéquipiers à un moment où le pays est sous la suspension de la CAF pour deux éditions et que l’on est à la recherche d’une médiation entre l’institution de Issa Hayatou et la fédération togolaise de football.
A y regarder de près, la gestion de ce contentieux ne serait pas étrangère à la décision de l’ancien monégasque. Paie-t-il ainsi le tribut de sa sortie médiatique contre le président de la CAF quand on sait que cette sortie , approuvée par bien des gens, ne faisait pourtant pas l’affaire des dirigeants sportifs togolais ? Et comme pour ne rien arranger, on lui reproche également dans les coulisses d’avoir unilatéralement pris l’initiative d’adresser une lettre au président de la CAF dans le sens de trouver une solution amiable. Si c’est cela son crime et que dans les salons feutrés de Lomé on veut sa tête, alors l’ex- capitaine qui a risqué sa vie pour son pays au Cabinda vient, une fois de plus, de faire un autre sacrifice douloureux, celui de quitter les rangs de son équipe nationale. A 26 ans, s’il fait table rase de deux éditions de la CAN, autant dire que ce ne sera peut-être plus le même Adebayor dans quatre ans. Une retraite anticipée donc motivée plus par l’incompréhension autour de son action qu’autre chose mais ayant un lien tout de même avec le Cabinda.