PRESIDENTIELLE AU SOUDAN
Une cure de jouvence pour El-Béchir
mardi 27 avril 2010, page visitée 185 fois
Au Soudan, ces bien fameuses élections auront eu lieu. El-Béchir, le président sortant les aura organisées, se sera présenté et les aura remportées. Personne ne s’en étonnera vraiment. Surprise il y aurait eu s’il avait été mis en ballottage ou si une quelconque difficulté l’avait empêché de remporter une élection presque programmée. Mais aucun risque ne pouvait provenir de ce côté. Dès le 31 mars, le Mouvement populaire pour la libération du Soudan (SPLM) avait décidé de retirer son candidat de la course à la présidentielle, alors que bien auparavant, les principaux partis de l’opposition avaient choisi de boycotter ces élections générales. Il ne restait plus à El-Béchir qu’à débouler sur le boulevard. Il l’a fait et il a remporté la présidentielle avec le score très honorable de 68%.
Et il avait bien besoin de cette victoire qui, plus qu’un ouf de soulagement, représente à ses yeux une véritable et bien providentielle cure de jouvence. Passant aux yeux de ses contempteurs comme une véritable incarnation du diable, l’homme, depuis de longs mois, vit dans l’œil du cyclone. Sa tête est mise à prix par la CPI (Cour pénale internationale) et n’eût été la présence du bouclier anti-Ocampo que formèrent l’Union africaine et certains pays de la Ligue arabe, le président soudanais serait aujourd’hui à méditer sur son sort au fond de quelque geôle secrète du tribunal de la Haye. On lui reproche à la fois génocide, crimes de guerre et crime contre l’humanité dans le Darfour où on fait état de 300 000 personnes mortes dans les violences ou faute de soin, de médicaments, de nourriture. Sans compter plus de 2 millions de déplacés. Cette élection avait donc valeur de test pour cet homme en quête fébrile de légitimité et sans doute aussi d’absolution. De toute évidence, en la remportant, l’homme ne se sera pas trompé. Déjà, les observateurs superviseurs de ces scrutins les auront jugés « acceptables ». Bien sûr, on y aura noté les traditionnelles irrégularités : listes mal établies, bourrages d’urnes, intimidations d’électeurs, mais on s’abstiendra de faire la fine bouche. Dans la globalité, le scrutin se sera déroulé dans la paix et les résultats qui en sont issus sont tout à fait prenables.
Et El-Béchir étrenne une légitimité retrouvée. Il arbore désormais un nouveau statut : celui d’un chef d’Etat légitimement élu. Mais alors, Quid du mandat d’arrêt qui pèse sur le chef d’Etat soudanais ? L’homme sait d’une part qu’il le traîne comme un inséparable boulet à son pied, tout autant qu’il reste persuadé de l’intransigeance de Luis Moreno-Ocampo. Le juge et ses hommes de loi tiennent à l’écrouer. Personne d’ailleurs ne pense sérieusement que le procureur de la CPI laissera tomber le mandat émis contre El Béchir au seul motif qu’il vient d’être élu à l’issue d’un scrutin jugé démocratique. Il faudra alors trouver autre chose. Peut alors se poser la solution de l’astuce.
El Béchir sait à perfection que ce qui l’oppose aux Occidentaux se résume à la situation au Darfour et à la question du Sud Soudan. A supposer qu’il s’y attaque avec diligence, résolve ces épineux problèmes, il évacue par le fait même ledit contentieux, retrouve une certaine honorabilité et partant, peut indirectement donner de bonnes raisons à ces Occidentaux de travailler au corps la CPI, histoire de lui forcer quelque peu la main afin qu’elle se montre plus souple envers un homme qui s’est amendé, a donné des gages de sa bonne foi et qui, après tout a été diabolisé plus que de vrai.
Toute la dynamique du Béchir fraîchement élu devrait alors se placer dans la résolution de ces deux problèmes épineux. Il le sait très bien d’ailleurs. A peine élu, le chef d’Etat soudanais a annoncé tout de go, au cours d’une allocution à la télévision : « Je confirme que nous allons mettre en œuvre le référendum au Sud Soudan à la date précise et que nous allons continuer à œuvrer pour la paix au Darfour. »
Mais la question n’est pas vidée pour autant. Vraisemblablement, pour le Darfour, trouver une solution semble faisable, sans trop de dommages. Il suffit à El-Béchir d’accepter la présence des différents contingents de la paix, d’accepter l’aménagement des couloirs humanitaires nécessaires, d’éviter le matraquage abusif de ses rebelles et enfin d’accepter la présence sur place des humanitaires qui y accourent des quatre coins du globe. Le Sud Soudan relève d’une autre paire de manches. Depuis la mise en application du plan de paix après 2005, cette région, si toutefois se tient un référendum, devrait voter en faveur de la sécession. Or, pour le pouvoir de Khartoum, la simple perspective de perdre la partie sud du pays qui renferme l’essentiel des ressources pétrolières du pays, représente plus qu’une menace sérieuse. El-Béchir devra alors jouer serré. Il lui faudra choisir entre perdre la manne pétrolière du pays ou songer à sauver sa propre tête. Presque cornélien.
Dans cet imbroglio politico- diplomatique qui recèle de grands enjeux, celle qui risque de ne pas du tout se retrouver, c’est bien l’opposition soudanaise. Elle a beau crier, supplier, gesticuler, elle ne sera entendue que dans la mesure où El-Béchir décide de s’inscrire dans la dynamique d’une nouvelle mais bien suicidaire bravade. Ce qu’on pense qu’il ne fera pas. L’homme est déjà satisfait qu’indirectement on lui offre le salut en échange du purgatoire de certaines décisions à consentir. On voit mal qu’il choisisse d’y renoncer sur un simple coup de tête.
Et c’est tant mieux qu’il puisse en être ainsi. Mais tout cela est bien la preuve qu’au Soudan, rien n’est en ce moment, définitivement réglé. Bien au contraire, serait-on tenté de dire. Car c’est à présent que l’on attend de voir le nouvel élu à l’oeuvre. Pour le juger sur pièce. Autant dire que pour lui, la tâche ne fait que commencer. Et elle s’avère immense.